Publié le 15 juillet 2010, par Corine Daunar
En 1696, lorsque Jean Baptiste Labat arrive à son tour sur les lieux, il se voue au développement de fonds Saint Jacques. Le père dominicain fait transporter du sable avec de petites embarcations et plus de 160 belles pierres de taille violettes pour l’édification de l’embrasure des portes de la purgerie.
Au XVIIIe siècle, un embarcadère est érigé entre l’îlet et la terre au niveau du tombolo. On peut alors y acheminer des marchandises pour charger les bateaux. En 1871, lors de la construction de l’usine de Sainte-Marie une enquête de l’avantage et du désavantage est réalisée en vue d’une voirie de chemin de fer en direction du précieux rocher.
Peu de temps plus tard, un train traverse le boulevard Désir Jox pour rouler vers un hangar empli de boucauds de sucre. De « tou patou » les matières premières affluent. On y apporte le charbon, la chaux, le souffre pour les sucreries et les distilleries.
Les noms de Ville de Paris, Jean Jaurès, ou Clémenceau se détachent fièrement en belles lettres calligraphiées sur les coques des goélettes comme des témoins muets de la glorieuse époque industrieuse du Nord Atlantique. Les navires rejoignent Trinité à la voile et la cargaison est transbordée dans de larges cargos à l’embarcadère de Cosmy, prêts pour la grande traversée. Les jours, les nuits, le rhum et le vesou s’écoulent entre terre et mer, sous la protection du tombolo tantôt ouvert ou d’autre fois enfoui sous la plaine liquide. En 1936 alors que Felix Despointes est responsable des transports pour l’usine, l’activité sur l’îlet prend fin. Le débarcadère trop souvent agressé par les tempêtes, s’abîme. Son entretien et ses réparations deviennent trop onéreux. La voie ferrée est prolongée jusqu’à Trinité, une nouvelle ère est née. « Tan fé tan, tankité tan » (rien n’est éternel), un rail brisé, rouillé, battu par la mer plonge encore dans l’océan… Voici le caillou jadis planté de cannes, rendu aux baigneurs un peu fous, aux raisiniers, aux promenades dominicales, aux coulirous qui, trahis par le reflet de la croix éclairée, se trouvent prisonniers des mailles du filet. Pourtant, sous ces airs de félicités, l’îlet enferme en son sein un terrible secret.
Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme…
Le 3 mars 1950 ; À 5 heures du matin, un groupe de jeunes gens est présent en vue d’une formation volontaire d'athlète dirigée par l'instituteur Félix Lorne. Après quelques échauffements, la petite bande marche dans un brouhaha joyeux vers le tombolo pour l’incontournable leçon de natation. Au bout de quelques minutes, un des sportifs se trouve en difficulté. Le professeur se lance à son secours lorsqu’un second élève perd pied. Félix Lorne, plonge de nouveau pour disparaître sous les eaux avec lui. Les garçons d’abord confiants, cèdent à la panique et déclenchent l’alarme. À ces cris, des pêcheurs arrivent, fouillent, ils reviennent bredouilles et désemparés. On décide d'utiliser la senne. Le long filet est jeté, mais en vain. Les recherches reprennent dès le pipiri chantant. On trouve finalement le corps de Luc Lagaville. Le surlendemain, au petit matin, les hommes remarquent un vol de « malfinis » tournoyant derrière l'îlet... Pour Félix Lorne, le glas a sonné, il est retrouvé inerte dans cette dernière demeure qu’il n’a pas voulue. Héros malgré lui, parti beaucoup trop tôt, le maitre nageur est accompagné par des milliers de personnes venus des quatre coins du pays pour honorer son courage. Une stèle érigée sur l’îlet marque le souvenir du valeureux Martiniquais.
Le Tombolo est un mot d'origine italienne qui désigne une flèche de sable construite par la dérive du littoral. Cette formation liée à un évènement climatique ne peut se faire qu'entre deux points dont la profondeur n’excède pas dix mètres. L’air froid du Nord qui demeure sur la région régit le climat de novembre à avril et nous gratifie de journées sans nuages et de nuits fraîches : c’est le carême. Le déplacement du front entraine un certain nombre de modifications maritimes.
Cette masse en mouvement engendre des courants différents et inhabituels, créant une mer et du vent qui dirigent les vagues à l’oblique de la plage et de la dérive du littoral (transfert de sédiments). Ainsi commence la construction du Tombolo, marquée d’une une forte houle appelée « Jubilé de la Toussaint » par les marins pêcheurs. Parfois, dès décembre l’étrange phénomène est déjà totalement apparent. À partir du mois d’avril, avec le réchauffement de l’Océan, les alizés transportent leur chapelet de nuages chargés d’eau. La saison des pluies s’installe, le pont de sable disparait en attendant sa prochaine apparition.
Remerciement la fondation Clément pour son crédit photo de la collection Lois Hayot.
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