Publié le 5 mars 2009, par Philippe Boré
Au 18e siècle, le Grand Connétable était régulièrement cité dans les livres de bord des capitaines de navires au long cours , qui commerçait avec la Guyane. Pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, à savoir la présence d’immenses et imprévisibles bancs de vases, les marins avaient donc pris pour habitude d’utiliser cet amer pour « atterrir » sur Cayenne. A l’époque, une des distractions des navires était de tirer un coup de canon chargé de mitraille qui avait pour résultat de faire envoler des myriades d’oiseaux.
Une encre de Riou, antérieure à1890, nous présente l’île comme un dôme arrondi. De nos jours, la physionomie de l’île, est le résultat d’une exploitation de la roche phosphatée par une société texane. Depuis des millénaires, le guano et les débris de poissons, accumulées par les oiseaux s’étaient infiltrés à l’intérieur de la roche poreuse. Ce processus avait généré une phosphatisation du minéral. Les falaises ont été maçonnées par des murs de soutènements et subsistent maillons de chaînes monumentales. Les deux îlots sont déclarés Réserve naturelle intégrale en 1992 et sont gérés par le Groupe d’Etude et de Protection des Oiseaux en Guyane. La pêche est réglementée dans un rayon de 5 km et interdite dans un rayon de 1,8 km autour des deux îlots. Le mouillage des navires est proscrit. Afin de ne pas perturber la reproduction des oiseaux, le débarquement est strictement interdit toute l’année. En effet, le moindre mètre carré est utilisé pour la nidification et tout dérangement peut avoir des conséquences catastrophiques.
On dénombre six espèces d’oiseaux nicheurs. Deux oiseaux pélagiques, c’est à dire vivants principalement en haute mer ; il s’agit du Noddi brun et de la Sterne fuligineuse. Deux sternes : la Sterne de Cayenne et la Sterne royale, dont les populations nicheuses sur la réserve représentent près de la moitié de la population mondiale pour la première et la moitié de la population des Caraïbes pour la seconde !
Reste la Mouette atricile avec son capuchon noir et la majestueuse Frégate superbe. Avec ses 2,40 m d’envergure, cette dernière ne passe pas inaperçue quand elle survole le littoral. Son mode d’alimentation est basé sur le klepto-parasitisme, c’est à dire qu’elle obtient sa nourriture en harcelant les autres oiseaux marins tant et si bien qu’ils régurgitent leur pêche. Ce comportement, pour le moins opportuniste est lié au fait que la frégate ne peut ni se poser ni plonger dans l’océan. La longueur de ses ailes et sa perméabilité en sont la cause.
En Guyane, la Frégate trouve en fait une seconde alternative en suivant les crevettiers, ces navires qui pêchent de manière peu sélective au large des côtes. Pour chaque tonne de crevettes ramenée au port, ce ne sont pas moins de dix tonnes de poissons qui sont rejetés morts à l’arrière du bateau.
Les 7 850 ha de la seule réserve maritime accueille aussi le Mérou géant. Il mérite bien son nom, atteignant 450 kg pour 2,50 m de long. Il est classé en liste rouge c’est à dire que 90% des effectifs mondiaux auraient disparus ces dernières décennies. Devant ce constat, les Etats-Unis l’ont protégé dès 1992 et le Brésil a fait de même en 2002. L’administration française, égale à elle-même, s’est contentée de… lancer des études ! Le Mérou a la mauvaise habitude de réunir dans les fonds rocheux pour se reproduire. En laissant prélever sans limite et chaque année des centaines d’individus matures aux abords des îles du Salut, on épuise sans doute un véritable site de reproduction international.
A l’image de cette hypothèse, il faut rappeler que l’île du Connétable est le seul site de reproduction d’oiseaux marins de la région. Les sites similaires sont soit à 1 200 km à l’Est, à Tobago, soit à 2 400 km à l’ouest, dans l’archipel brésilien de Fernando do Moronha.
Cet exemple illustre parfaitement l’intérêt des réserves naturelles. Depuis sa création, les nids de la rare Sterne royale ont été multipliés par 5 et ceux de la Sterne de Cayenne sont passés de 300 à 10 000 !
Depuis peu, un opérateur touristique a reçu l’agrément pour organiser des visites sur la partie maritime. Le navire effectue un tour du rocher et se maintient quelques temps dans une zone abritée. Les perturbations pour les oiseaux sont insignifiantes et les Guyanais peuvent enfin découvrir ce rocher et son ballet incessants d’oiseaux marins. Fréquemment, le Sotalia guianensis, petit dauphin d’a peine 2 m, est aperçu sur le trajet menant à l’île.
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