Publié le 3 mars 2009, par Pierre Bonfils
Cet intérêt pour la construction miniature, qu’il développa lors de ses jeunes années, conduisit ensuite tout naturellement Chazy Cirany vers des réalisations, grandeur nature. Devenu adulte il fut également attiré par les ouvrages d’art et tout ce qui fut pour lui la découverte du béton pour ses mises en formes et son utilisation dans les courbes. Tout ce qui fut qualifié en son temps de « concept architectonique » et développé principalement par Oscar Niemeyer et Le Corbusier.
Alors qu’il venait de réussir un BEP de constructeur en bâtiment au lycée technique du Lamentin, le proviseur détectant ses aptitudes, l’orienta vers un Bac F4 de Génie Civil, qu’il s’en alla passer en Martinique. Cette étape quasi obligée le mena ensuite en métropole pour six ans afin de préparer le diplôme d’architecte à l’école UP4 de Charenton. « En arrivant en métropole, le cordon coupé avec ma famille, j’ai découvert une autre vie et une ville comme Paris qui m’a fasciné par ses trésors d’architecture variée et grandiose.
Ce fut le cas du quartier de la Défense avec ses tours et ses immeubles de verre, de l’hyperbole de l’Unesco, des ouvrages haus smaniens. Des découvertes qui m’ont permis d’acquérir une notion d’échelle différente, d’organisation de déplacement, de grands jardins arborés, organisés. Et c’est vraiment là que j’ai été convaincu que je serai architecte. J’ai également passé énormément de temps dans les bibliothèques et les musées comme Beaubourg où je me suis sensibilisé à l’art sous toutes ses formes ».
De retour au pays sa volonté fut de mettre en œuvre le langage des cultures afin d’adapter l’architecture créole traditionnelle aux possibilités modernes, tant pour la forme que pour la technicité. C’est ainsi que Chazy Cirani trouve qu’au niveau des bâtiments publics le coté local de l’architecture n’est pas assez marqué. «on voit des façades avec du verre, du métal, alors que les maîtres d’ouvrages devraient davantage sensibiliser les architectes à cet aspect des choses».
L’architecture bioclimatique, les normes HQE (Haute Qualité Environnementale) et le recyclage des matériaux, souvent méconnus du grand public sont autant de combats, qui sensibilisent Chazy Cirani. « Il faudrait que les collectivités et l’Etat donnent plus de moyen afin de mettre en œuvre des projets référentiels en ce domaine. Nous ne devons pas laisser derrière nous que des fléaux et il ne faut pas hésiter à se saisir des directives du Grenelle de l’Environ nement pour travailler sur la sauvegarde et le respect de la planète».
Un autre point anime sa réflexion, celui du logement social et du mode d’habitat pour les années à venir. Chazy Cirani se dit convaincu qu’il faut, en ce domaine, revenir à l’idée de village. « Il faut réfléchir à cette notion de village pour trouver des espaces conviviaux, pour permettre aux jeunes de trouver plus de la cohésion et retrouver le poto mitan indispensable et fondamental à l’équi libre de notre société ».
Interrogé sur la définition de sa fonction, Chazy Cirani est quasiment intarissable dans sa réponse. «un bon architecte, c’est celui qui arrive à faire plaisir à son client, en respectant le projet financier, l’esthétique, les délais et à se faire plaisir aussi. Aujourd’hui un architecte doit veiller également aux rejets des effluents, à la manière de traiter les déchets ménagers aux abords de la maison, à maitriser les consommations d’énergie et de l’eau». L’architecte doit pour lui «revenir à l’utilisation de matériaux de base, faciles d’entretien. Et puis un bon architecte s’il doit veiller à l’esthétisme d’une construction et aux couleurs de façade, doit aussi veiller à son environ nement. Une belle maison c’est aussi ce qu’il y a autour, un beau jardin et une belle clôture».
Passionné par son métier Chazy Cirani, travaille désormais beaucoup avec les promoteurs sur des opérations immobi lières, des logements sociaux des bâtiments de commerce et de bureaux ainsi naturellement que sur des maisons individuelles. Au total huit personnes (dont deux autres architectes) sont employées en permanence à son cabinet «EURL BAT ». Mais se souvenant de ses années d’études et de la difficulté qu’il rencontra à l’époque pour trouver des stages, il prend régulièrement des lycéens du Lamentin afin de leur permettre de se confronter au monde du travail. Chazy Cirani se montre convaincu que nos départements ont besoin de grands projets capables de générer de l’emploi. « La culture de la canne et de la banane ont montré leurs limites en ce domaine et le tourisme tel qu’on le pratique aujourd’hui également. Il faut donc réfléchir avec le monde politique, économique et les créateurs d’idées à des choses innovantes ». Avec des idées et la volonté rien ne lui semble impossible.
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