Publié le 2 juillet 2009, par Corinne Daunar
En foulant le seuil l’atelier de Luz séverino, c’est comme une vie qui commence, un grand livre d’histoire ouvert sur fond de traits de couleurs, de toiles accrochées sur les murs d’un foyer, de morceaux de céramique incrustés de-ci de-là comme de petits éclats de rien.
Née en 1962 dans la ville de Sabana de la mar, en République dominicaine, Luz Séverino grandit entre crayons et cartons peints. Très tôt elle décide d’utiliser l’art comme expression. Après avoir suivi des études de plasticienne à l’école des beaux arts de Saint-Domingue, elle s’embarque en 1980 pour les États-Unis où elle étudie la gravure à l’Art Students League de New York, qu’elle perfectionne auprès de Juan Ramon Dura à Bogota. De retour au pays, elle y enseigne de nombreuses techniques, dont la mosaïque.
C’est sur sa terre natale qu’elle décide d’offrir sa première exposition (en 1993), le début d’une longue série. Récompensée et nominée à plusieurs reprises, elle obtient le premier prix de la peinture au naturel à Saint-Domingue ou encore celui de la gravure de la FAO, Organisme des Nations unies en 1986.
De Porto-Rico à la Martinique (où elle s’est installée depuis 1999), d’Alicante à Madrid en passant par Washington ou las Vegas, Luz nous invite dans le filigrane d’une histoire d’amour, de folie, de grands vents ou d’enfants qui se racontent le soir à la veillée.
L’espace pictural de Luz est fait de toile et de papier en fibre de bananier, de bagasse ou de maïs. Sur ces supports qu’elle fabrique elle même, elle dessine, griffe, granule, caresse, enduit, essuie, en pratiquant les différentes techniques de gravure ou de peinture à l’huile. Sur un étrange damier aux formes géométriques abstraites, elle pose une couleur changeante où se superposent clarté, opacité et transparence à travers laquelle le regardeur peut s’évader. Dans chaque case un morceau de vie comme un trésor est caché. Là, le jouet griffonné d’un enfant abandonné, un chat tout gratté, ici un carré dans lequel s’enferme un ustensile du quotidien ou un symbole social. D’autres fois, ceux sont les visages innocents rouges( couleur forte) sur fond blanc (symbole de pureté) que l’on perçoit entre deux voiles bleutés ou ces regards emprunts de gravité et à demi occultés par un trait presque qu’inachevé, interrogeant sur le monde à venir. L’artiste ne semble jamais avoir achevé son oeuvre. Dans ce geste large et généreux qui la caractérise, Luz réécrit sans cesse la page d’une l’histoire. Dans ce mouvement que l’on voudrait néo-figuratif, la plasticienne étire toujours plus haut vers le ciel comme une invitation à sortir du Trou, ou une invitation à la fuite en avant, vital parfois pour recouvrir le chemin de l’amour et de la liberté, thème de sa dernière exposition à Capellia (à la Chapelle de Erdre en Loire-Atlantique)… Enfin, sur le bois d’une porte entrouverte, une paire de souliers défaits évoque la voie à emprunter pour cheminer vers une autre destinée. Dans le sanctuaire familial de Luz, véritable bulle d’harmonie et source d’inspiration, chaque recoin se métamorphose en une toile sans fin. La créativité de la jeune femme aux yeux tantôt tristes ou joyeux n’a pas de retenue. Son geste est aussi généreux que son verbe est chantant, caribéen. Elle peint avec l’éloquence des Latins, n’entendant que les battements de son coeur. Ici et là partout, comme ces mosaïques qu’elle affectionne, sur les piliers de la maison, dans le jardin aux orchidées, sur le parvis de la salle à manger, des personnages longilignes nous ramènent parfois aux statues de Giacometti. Chacune se livre aux actes du quotidien, se rencontre et se raconte. Dans cette danse silencieuse, les silhouettes aux cinq continents, muettes, autonomes et solidaires partent en quête d’universalité, de lumière et de sérénité… faisant résonner en chacun de nous ce beau message de paix.
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