Publié le 1 juillet 2009, par Nathan Y. Cohen
Il y a près d’une dizaine d’années, François Piquet, 41 ans, spécialiste du design industriel et de l’image, originaire de la région parisienne, a décidé de venir poser ses valises en Guadeloupe. Depuis, ce plasticien autodidacte, véritable « homme à tout faire », a laissé tomber les pinceaux et les crayons pour se consacrer à l’art de la sculpture métallique. En 2007, alors qu’il préparait en tant que régisseur, à la demande de Jean-François Manicom, le site de l’ancienne usine sucrière de Darboussier, en vue d’une exposition, François Piquet remarqua des amoncèlements de lames de fer laissées à l’abandon au milieu des ruines.
Cette trouvaille fut comme une révélation pour l’artiste. « J’ai découvert un art qui me correspond davantage que la bande dessinée, la peinture ou la musique. En ramassant ces lames de fer, emblématiques de l’histoire de la Guadeloupe, je me suis également senti concerné. Issu d’une famille pauvre, ouvrière, j’ai toujours été sensible à cette histoire d’exploitation humaine et comment, encore de nos jours, on continue à exploiter l’humanité. »
Bien qu’il ne considère pas comme un contestataire, François Piquet est incontestablement un artiste engagé. « mon intention est de remuer les gens et de créer un mouvement intérieur. Emotionnel ou intellectuel… Je n’ai pas du tout ce rapport cynique que l’on rencontre actuellement dans l’art contemporain, où certains critiquent ouvertement notre société de consommation à travers des œuvres couvertes de bijoux et qui coûtent des millions d’euros ». La démarche artistique de François Piquet est essentiellement philanthropique et s’articule autour d’œuvres simples, essentielles, « des formes qui soient viscéralement assez fortes pour (é)mouvoir ceux qui les croisent, provoquer une reprise de conscience de la beauté de notre humanité commune ». Désormais, après plusieurs expositions collectives et l’engouement du public au regard de ses sculptures, François Piquet espère bientôt préparer une exposition personnelle pour continuer de parler, voire de témoigner sur son environnement quotidien aux Antilles.
François Piquet n'aime pas trop le terme de « récupération ». Il induit la notion péjorative de déchet, de résidu sans raison d'être. « Qui peut établir la non-valeur d'une chose, où d'un être ? Je préfère me servir de matériaux vivants - ou ayant vécu, rendus uniques par leur passé - dont la route croise la mienne, pour inclure la richesse de leur histoire, de leur provenance, de leur état, de leur substance, en tant qu'éléments détonants dans les réactions (al)chimiques qu'essayent de provoquer mes sculptures ».
L’artiste la nomme familièrement « le lézard ». Monstrueuse, terrifiante, torturée, redoutable, puissante, esthétique, efficace… Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette sculpture à quatre pattes, cracheuse de fantômes et constituée de lames de fer tressées provenant des ruines de l’usine Darboussier. « C’est une autre facette de mon travail sur l’histoire et la substance de ce matériau, traitant cette fois du rapport individuel à la barbarie de masse… Du hurlement sourd de la bête immonde tapie au fond de la nature humaine, enfin lâchée dans son plaisir de toute-puissance, abritée derrière le masque avidement consenti du déni d’humanité qui lui offre les pouvoirs de cet avilissement et les souffrances aveugles et destructrices qui les accompagnent ».
La sculpture Barbarie, l’humanité mise à sac (2008, lames de fers tressées, licol et rênes, 171 x 209 x 141 cm, environ 70 kg) est actuellement visible à la galerie Imagin’Art, à Nogent/Sainte-Rose.
Renseignements : 0590 28 00 10
« Coller de l’art sur les murs » ! François Piquet et les membres du collectif Collactif s’étaient lancés en 2006 dans le détournement du matériel de manipulation de notre société de consommation, généralement des affiches publicitaires, en les transformant en messages collectifs d’art éphémère, gratuit, offert à tous, et donc intrinsèquement subversif. L’essence de Collactif était de proposer à tout un chacun de faire du tout avec du rien, collectivement, afin de donner un accès à la création artistique et aux grands formats « pour s’exprimer dans notre paysage urbain. Nous collons nos œuvres sur les affichages sauvages, dans des endroits sales ou délabrés, dans le respect d’autrui et de la propriété privée. Toutes nos affiches sont signées et disparaissent avec le temps, la pluie et le soleil ». Après avoir sévi à Saint-François, les Abymes et Pointe-à-Pitre jusqu’en décembre 2007, les « collactifs » sont font désormais beaucoup plus rares. A quand une prochaine campagne d’affichage subversive ?
A voir sur Internet : collactif.bronsc.com
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