Klodi Cancelier ou la fibre caribéenne

Klodi Cancelier ou la fibre caribéenne

Publié le 8 février 2009, par Benjamin Trader

Klodi Cancelier, artiste peintre viscéral, puise son inspiration dans l’héritage des cultures constitutives de la Guadeloupe et de la Caraïbe tout en évoquant passé et présent au travers de ces fragments de mémoires. Outre les arts plastiques, le plasticien est également un tanbouyé exceptionnel, ainsi qu’un web designer branché ainsi qu’un web designer branché.

Dans les années 1950, le jeune Claude découvre les joies de la peinture à l’huile. « J’ai été initié à la peinture par un artiste plasticien qui vivait dans mon quartier, à Pointe-à-Pitre, du côté de la rue Alexandre Isaac. C’est un quartier où beaucoup d’artistes et d’intellectuels sont nés, dont Maryse Condé qui était ma voisine, ou le percussionniste Charly Chomereau-Lamotte ».

 

 

Un talent dans l’ombre

Après être parti étudier à l’école des Beaux-Arts de Rennes, Klodi Cancelier rentre en Guadeloupe, en 1969, plein de promesses, la fleur au fusil, résolument décidé à vivre de son art, et se heurte à la triste réalité des arts plastiques dans l’archipel. Klodi rejoint alors les rangs de l’Education Nationale et se contente de produire des œuvres pour son simple plaisir et celui de ses proches. Mais un jour son cousin, le sculpteur Joël Girard, exaspéré de voir un tel talent rester dans l’ombre, trouve les mots justes et incite notre « instit’ peintre » à exposer ses créations, en 1986, au centre Rémy Nainsouta.

A la même période, Klodi Cancelier fait la rencontre du peintre Lucien Léogane. 

Ensemble, les deux hommes fondent le collectif Koukara et explorent de nouveaux matériaux, en particulier la fibre végétale (coco, banane, papaye…). Outre l'intérêt de sa texture, une dimension symbolique et sacrée lui est accordée. Le recours à la fibre est pour Klodi une manière de dire une identité, de traduire l'être caribéen. Elle est dotée d'un sens qui exprime son attachement aux profondeurs des traditions de son espace culturel.

 

 

Esthétique caribéenne

« Dans sa capacité à syncrétiser, l'artiste caribéen exprime l'harmonie du cosmos, héritage de l'antiquité, la grandeur et la sublimité du divin, héritage des religions monothéistes imposées par la colonisation, la profondeur et la richesse du génie humain, héritage des démocraties humanistes, la puissance du sacré, héritage des peuples africains, amérindiens et asiatiques. Ces fragments de mémoires évoquent simultanément le passé et le présent. L'artiste caribéen place le divin et le sacré dans l'humain et vice versa, l'un ne pouvant exister sans l'autre. L'esthétique caribéenne existe dans la vérité et l'authenticité de cet espace ».

Au fil du temps, la fibre a cessé d’être utilisée comme support pour devenir le corps même de l’œuvre. Depuis les années 1990, Klodi Cancelier a franchi une étape supplémentaire qui passe par la fabrication de papiers aux textures aussi riches qu’imprévues, laissant momentanément de côté la couleur, ainsi que les limites de la toile au profit d’une liberté de la forme.

 

 

Une passion pour le ka et le théâtre

Tanbouyé dès son plus jeune âge, élève du maître ka Artème Braban, Klodi Cancelier apprend beaucoup également de Henri Delos, autre maître ka, notamment les subtilités du rythme léwoz. Membre fondateur du groupe GKM (Gwo Ka Modèn) de Gérard Lockel, Klodi, surnommé à l’époque « le métronome », participe en tant que boula, au premier disque de la formation en 1975.

Le peintre témoigne aussi de l’intérêt pour le théâtre. Membre fondateur de la troupe +Bakanal, en 1984, avec José Jernidier et José Egouy, Klodi devient le décorateur et régisseur principal de la troupe qu’il accompagne dans ses nombreuses tournées aux Antilles et en France, notamment avec la célèbre pièce Moun Koubari, jouée à guichet fermé sur les planches du théâtre Mogador, à Paris, durant 4 jours.

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