Publié le 29 avril 2009, par Corine Tellier
Saint-Bernard, lieu d’ancrage de la mission de Clément Raimbaut était aussi la tête de pont des Spiritains à qui l’on avait confié la charge du pénitencier de l’Ilet à Guillaume.
L’Ilet à Guillaume, presqu’île à la confluence de la rivière Saint-Denis à l’Est et du Bras Guillaume à l’Ouest est un plateau de 5 à 6 ha situé à 700 m d’altitude. Il résulte de l’effondrement d’une partie de la Plaine d’Affouches et de l’érosion et la formation des rivières.
La situation de l’Ilet à Guillaume, véritable promontoire au milieu de la vallée, entouré de pentes abruptes était à la fois propice à la culture mais aussi à l’isolement. C’est dans cet endroit difficile d’accès qu’une centaine d’enfants condamnés à de longues peines s’y trouvaient réunis.
Durant le XIXe siècle, les deux établissements qui symbolisent le mieux la place prépondérante occupée par la Congrégation du Saint-Esprit dans la colonie réunionnaise étaient le Domaine de la Providence et le pénitencier de l’Ilet à Guillaume. Le plateau de l’Ilet est d’abord un refuge pour les marrons dont l’un deux se nommait Guillaume.
En 1859 et 1860, le Père Horner (Spiritain) construisant la chapelle de la paroisse de Saint-Bernard dont il est le curé, a besoin de bardeaux pour la couvrir. Il traite pour cela avec M.Bonnet, propriétaire de l’Ilet. Suivant partout ses ouvriers, le Père Horner a l’occasion de voir le site et décide d’en faire l’acquisition. De son côté, le Père Duboin, Supérieur Spiritain à la Réunion, considérant depuis longtemps que le voisinage de Saint-Denis est un obstacle à la bonne formation des enfants, propose d’installer à l’Ilet à Guillaume, une succursale du pénitencier de la Providence. Ce n’est que fin 1864 que les Frères André et Marcellin accompagnés de deux ouvriers charpentiers et d’une vingtaine d’enfants du pénitencier commencent les travaux d’installation. Le 06 juin 1865, un décret permet d’ériger à l’Ilet à Guillaume une nouvelle maison sous le patronage de Saint-Guillaume.
La première difficulté à vaincre réside dans l’absence d’eau sur le plateau. De 1865 à 1866, les enfants travaillent donc sur la réalisation d’un canal en bois de petite natte d’une longueur de 1 800 m, amenant l’eau du bras Citron jusqu’au plateau habité et cultivé. Les enfants travaillent également à la construction d’une route carrossable (lorsque les Spiritains seront contraints de quitter le site, il ne manquera que 400 m à achever, on estime qu’au moins 9 enfants sont morts durant les travaux).
Quant au pont suspendu dont la construction a duré 7 ans, il sera détruit par des cyclones successifs. Les enfants construisent un village (chapelle, magasins et pénitencier) et développent les cultures maraîchères. En 1878, l’exposition universelle de Paris accorde une médaille pour les productions de l’Ilet à Guillaume.
Dès 1870, les juges n’envoient plus les enfants au pénitencier. Des jeunes, condamnés par le tribunal correctionnel, se retrouvent même dans les prisons. En juin 1879, la Congrégation se voit définitivement retirer la direction du pénitencier de l’Ilet à Guillaume. En octobre, les détenus quittent l’Ilet en partie pour le pénitencier de la Providence réhabilité à cet effet. L’administration confie la gestion de l’Ilet au service forestier (administration des Eaux et Forêts).
L’Ilet à Guillaume est assurément un des sites les plus riches à la Réunion sur les plans historique et botanique. La réouverture de cet Ilet et la mise en valeur des fantastiques ouvrages de soutènement réalisés par les enfants et masqués aujourd’hui par la végétation nécessiteront certes de gros investissements. La nouvelle municipalité se penchera-t-elle un jour sur la question ?
Si les sentiers d’accès, fermés par arrêtés préfectoraux devenaient à nouveau accessibles au public, que les randonneurs n’oublient jamais que ce vertigineux chemin fût taillé à même le roc par des bras d’enfants dont certains payèrent de leur vie ce travail harassant.
Source : Pascale Moignoux
Ouvrage « Graine de bagnard »,
Roman d’une enfance sacrifiée à l’Ilette à Guillaume
Azalées Editions.
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