Pierre Demonchaux, l’éco-designer

Pierre Demonchaux, l’éco-designer

Publié le 9 avril 2009, par Philippe Boré

Les abords de l’atelier de Pierre Demonchaux sont sans doute une source d’inspiration pour l’artiste. Pour s’y rendre, on croise, sur les bas-côtés d’une piste privée, d’innombrables épaves de véhicules industriels, militaires ou d’origine indéfinissable. A votre arrivée, vous aurez autant de chance d’entendre la scie à bois, le poste à souder, la sableuse ou ronronner le four à poterie ! Pierre est un artiste que rien n’arrête !

Pierre Demonchaux est qualifié tantôt de plasticien tantôt d’éco-designer : « Je n’ai suivi aucune école d’art. C’est peut-être une chance ! J’ai appris seul, en tâtonnant, la poterie, la ferronnerie, l’ébénisterie, j’ai certes perdu beaucoup de temps de ce fait mais je n’ai jamais été formaté dans des techniques bien définies. Pierre a passé son enfance à Lille. Ayant vite délaissé les études, Pierre passe son adolescence à enrichir une collection d’insectes qui lui donne un aperçu de l’incroyable biodiversité du règne animal en zone tropicale. Plus tard, le sous-sol du domicile familial va héberger un poste à souder, un pétrin de boulanger, un hachoir à viande, … dans le but de domestiquer la matière sous toutes ses formes, de façon non conformiste s’il le faut. 

 

La nature en sculpture 

S’enchaîneront ainsi la déco de l’Opéra Night à Lille, des agencements de restaurant en collaboration avec le peintre Guillaume Caron, des séjours au Cameroun pour fabriquer des lignes de produits pour de grandes enseignes de design. C’est d’ailleurs ce contact avec l’Afrique qui ancrera son obsession à redonner vie à ce que notre société de consommation considère comme un déchet. Depuis 10 ans qu’il est en Guyane, Pierre laisse libre cours à son imagination. Il taille, ponce, ajuste, découpe puis réajuste les plus belles pièces du puzzle forestier avec des matériaux bruts comme le bois, le béton, le ciment, le verre, l’inox ou l’acier. La diversité du règne végétal semble nourrir son inspiration. On peut imaginer l’efferves­cence de son cerveau quand il emprunte un layon de forêt primaire. Dans ses mains, le bois cathédrale ouvre des voix impénétrables, le bois pagaie traverse les océans, les lianes échelle-tortue se hissent lentement vers le succès, les stipes de palmiers maripa décrochent le cocotier et les tableaux-carbone enflamment la curiosité ! Pierre s’émerveille aussi des mutations géographiques et économiques que l’art, le travail et l’imagination peuvent produire sur la matière. Imaginons un mat de charge, oxydé, égaré sur le bord d’une route non loin de Montsinnery, recouvert par la végétation, qui, pris en charge par l’artiste, va devenir en quelques mois, tout ou parti d’une table basse, admirée et convoitée par des new-yorkais, dans une galerie d’art de Greenwich village.

 

Art et développement durable ?

On peut dire, sans démagogie, que ses œuvres s’inscrivent dans un concept de développement durable car elles donnent à des objets sans utilité commerciale, une valeur ajoutée qu’aucune autre activité ne pourrait apporter. Mais ce n’est pas pour sauver la planète qu’il recycle. : « je ne récupère pas par conscience écologique, même si j’y suis très sensible, mais j’ai toujours considéré nos soi-disant déchets comme de nouvelles matières premières. Au delà du refus de gaspiller, qui est un concept ancré chez nos Anciens, j’ai appris des sociétés africaines qu’un ancien emballage, peut servir à de multiples et utiles usages ». Dans le recyclage des matières,  Pierre  veut exploiter le vécu de l’objet, mettre en valeur la patine du temps sur la matière brute, l’associer à une autre matière bien distinctes, et rendre l’un et l’autre inaliénable. « Mes créations représentent ma passion pour toutes les matières brutes, ma fascination pour la biodiversité et les multiples facettes de l’homme face à la nature,…l’homme souvent destructeur, toujours consommateur et parfois protecteur » ! Les matières végétales sont récupérées sur des zones de déforestation et soumises au contrôle des services de l’Office National des Forêts. En matière de projet, l’artiste envisage, en collaboration avec la Galerie Acabas une exposition permanente à New York et à Saint Barth.

 

Acabas, c’est le nom du Showroom que Pierre Demonchaux et Xavier Taïb, son associé et ami, ont ouvert ensemble à Paris pour exposer les plus belles pièces de l’artiste. Découvrez leurs dernières créations sur www.acabas.fr

 

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