Publié le 16 octobre 2008, par Corinne Daunar
Une femme architecte, comment êtes-vous arrivée à ce métier ?
« En fait je voulais être urbaniste. J’étais tout particulièrement attirée par la sociologie appliquée à l’urbanisme. Et j’ai été orientée vers une école d’architecture.
Dans cette profession, on est normalement appelé à répondre à de nombreuses questions urbanistiques. Certes, on ne construit pas forcément à l’échelle de la ville, mais on y touche beaucoup tout de même. C’est un métier que j’aime exercer parce qu’il est exigeant. Il faut lutter pour obtenir la qualité, rester dans les délais, gérer des budgets, et faire pour pas trop cher mais bien, pour le client comme pour les entreprises…
Après un long soupir… Mais il y a un moment où le pas trop cher devient vraiment pas assez cher… L’architecte est là pour défendre les intérêts de tout le monde et veille à ce que chacun remplisse sa part du contrat ».
Originaire de Trinité, vous avez vécu jusqu’à l’adolescence en HLM. En quoi cela a-t-il influencé votre réflexion sur l’architecture ? Quels serait votre cheval de bataille ?
« Si j’y repense , cela a certainement influencé ma réflexion sur le logement social. Je m’interroge sur la formation des groupes humains, leurs choix géographiques, ce qui les détermine.
Notre fonction et de construire notre identité architecturale en tenant compte de notre environnement. Je pense qu’il faut construire à visage humain et tenir compte du contexte physique de la région.
On sait par exemple que l’orientation par rapport au soleil et au vent est un critère universel dans ce métier, mais qui doit être adapté aux réalités climatiques, cycloniques et sismiques du pays.
Dans les constructions anciennes notamment, on retrouve une bonne gestion de la ventilation grâce à de nombreuses persiennes, claustras ou hauts plafonds. C’est une alternative intéressante à la climatisation. Je suis très sensible à cette question. J’ai obtenu mon diplôme de construction parasismique juste avant celui d’architecture. Mettre en œuvres les pratiques parasismiques dans les constructions aussi bien récentes qu’anciennes, ce qui n’est pas toujours évident, est plus que nécessaire. Cela demande de nombreux moyens financiers et politiques aussi. Sur ce point, l’urbanisme a son rôle à tenir. Créer des zones abritées accessibles pour les réserves serait intéressant pour aider en cas de catastrophe par exemple… ».
Votre rôle en tant qu’architecte ?
« Notre rôle est d’apporter un équilibre dans l’espace... Il ne s’agit pas de construire n’importe comment sans se soucier de l’environnement...
C’est à nous d’accompagner le client dans son projet, du permis de construire à la remise des clefs. À nous également de répondre au mieux à ses attentes en fonction de ses habitudes de vie, de son budget et du terrain choisi. À nous aussi de le conseiller sur les choix architecturaux, et sur le choix des matériaux.
À nous encore, d’intégrer leur projet dans son proche environnement et de les prévenir sur son évolution possible. Bref, je dirais que l’architecte est celui qui fabrique l’espace et l’inscrit dans le temps. Chaque fois qu’un client me consulte, mon objectif est de coller au plus près à ses besoins… ».
Votre côté « maternel » du métier peut-être. Puisqu’on y vient, pas trop difficile d’être une femme dans ce monde de briques ?
« Il ne faut pas compter ses heures, et l’idée de sacrifier ma vie de famille à celle de ma carrière ou vice et versa n’a jamais été d’actualité. Du reste, je ne me suis même pas posé cette question. Les horaires sont parfois difficiles à concilier, mais j’aime mon métier.
Dans notre société on suppose que la femme doit être auprès de ses enfants… Pourtant, nous sommes nombreuses dans ce secteur puisque plus de la moitié de ma promotion était féminine ! Tout en sachant que la plupart d’entre elles choisissent le salariat.
Nous sommes peu de maîtres d’œuvre et le BTP est un milieu où il est parfois difficile de se faire une place en tant que Femme, Antillaise et qui plus est jeune ! Non… il faut être sûre de soi, s’imposer, toujours savoir de quoi l’on parle et, ajoute - t’- elle sans un sourire, apprendre à garder ses distances. Mais globalement je ne rencontre pas de problème avec ça. Et si mon interlocuteur semble ennuyé par l’intervention d’une femme dans son projet, ça arrive parfois, alors il me reste toujours la possibilité de le recevoir avec mon collaborateur Phillipe Placide. Ainsi, chaque personne franchissant la porte d’I ARCHI s’y retrouve. Je pense que chaque sexe a sa sensibilité et mon confrère et moi nous-nous complétons parfaitement ».
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