Publié le 16 octobre 2008, par Benjamin Trader
Lors des prémices de sa vie d’artiste, Gilles Eugène se heurte à trois problèmes d’envergure. « Un », il a du mal à sortir les œuvres de chez lui. « Deux », il est incapable de mettre un prix sur celles-ci. Et « trois », dernier cas de conscience et non des moindres, il ne parvient pas à les signer. « Quand je regardais ce que j’avais créé, confie le plasticien, je n’arrivais pas à reconnaître que c’était moi-même qui l’avait fait ».
Pour ce faire, Gilles Eugène se cherche un surnom commençant par la lettre G, comme son prénom. Il opte pour Good,
« parce que c’est bien, en Anglais », et ajoute un Y, « pour le fun », couronné d’un indispensable tréma. « L’ensemble de mon travail, s’appelle Regard sur l’évolution du monde, lâche l’artiste. Et ce jusqu’à ma mort ! Ecrire mon nom sans tréma, c’est comme me retirer les yeux ». Et c’est ainsi qu’il y a maintenant huit ans, Gilles Eugène est devenu Goodÿ. Dès sa première exposition, en 2001, son style imprégné de néo-figuratif, nerveusement balayé par un torrent abstrait, teinté de chaudes couleurs, a retenu l’attention des amateurs. « Je peins les couleurs de ma vie, explique Goodÿ. Le rouge, le jaune, leurs nuances... Quand je fais une toile, je donne toute mon énergie… J’explose. Créer est ma raison d’être. Il ne faut pas me retirer cette possibilité ». D’ailleurs, Goodÿ n’hésite pas à sortir de son atelier avec sa peinture et ses pinceaux pour créer dans la rue.
Depuis sept ans, Goodÿ a rejoint Joël Nankin dans la rue piétonne de la sous-préfecture et presque tous les samedis, ils réalisent ensemble des prestations sur des T-shirts autour du thème du gwoka. « Un plasticien doit s’intéresser à la vie sociale, soutient Goodÿ. Le fait de peindre dans la rue permet non seulement aux gens de se familiariser avec l’art et d’en emporter un fragment chez eux, mais surtout de les faire se rapprocher et qu’ils puissent enfin s’approprier leur propre culture ».
Rien ne semblait promettre le jeune Gilles Eugène à embrasser une carrière artistique. « Mon parcours... Il est assez atypique », admet Goodÿ. Dans les années 1990, un baccalauréat littéraire en poche, puis un baccalauréat scientifique, histoire de prouver qu’il en était capable, Gilles se tourne finalement vers des études de médecine. « Mais cela ne m’a pas plu. Alors j’ai fait de la gestion, travaillé dans l’imprimerie et d’autres domaines qui n’avaient rien à voir avec l’art ».
Un beau jour de 1999 : c’est le changement radical. Celui qui ne se nomme pas encore « Goodÿ » abandonne la vie de bureau et commence par animer des ateliers de dessin et d’infographie pour les enfants à l’espace Chadru. Au contact du maître des lieux, il est progressivement séduit par la peinture. Depuis Goodÿ se consacre entièrement à sa passion mais nourrit cependant un petit regret : celui de ne pas avoir étudié, non pas l’art, mais l’histoire de l’art. « C'est-à-dire connaître tout ce qui a déjà été fait et comment cela a été fait ».
En plasticien qui se respecte, Goodÿ ne brille pas seulement par ses toiles. Sa dernière exposition, la Marche du Temps, a été l’occasion pour l’artiste de montrer au public sa nouvelle passion : la sculpture. Ou plus exactement l’assemblage de pièces métalliques, généralement récupérées dans les ruines d’anciennes usines sucrières. « Certains n’y voient qu’un tas de ferrailles.
Mais derrière ces morceaux de plomb, de fonte et de bronze, il y a un véritable travail de mémoire de notre société guadeloupéenne ». Et quand il ne peint ou n’assemble pas, Goodÿ n’en finit pas d’étonner : il jardine. « J’aime avoir un beau jardin alors je vais me lancer dans la création d’espaces verts. Je remarque souvent que les gens font construire de grandes maisons mais oublient le jardin. Pourtant le jardin est un espace de vie important qui met en valeur la maison. Il ne faut donc pas le négliger. C’est comme une toile. Si tu réussis son encadrement, le tableau sera encore plus fort ».
Créée en 2001 par Antoine Nabajoth, Thierry Lima, Stonko, Hébert Edau, Jimmy Nabal et Goodÿ, l’association 6A a l’ambition de refaire surface après un long sommeil et de rendre, en Guadeloupe, ses lettres de noblesse aux arts plastiques. « Notre objectif est d’intégrer l’art à la société, assure Goodÿ. Le fait de se retrouver entre artistes, six plasticiens, nous permet de confronter et ainsi de faire évoluer notre travail. Dans l’association 6A, nous sommes tous maîtres et élèves à la fois ».
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