Jack Sainsily

Jack Sainsily

Publié le 18 mai 2008, par Mariane Aimar

Après une longue carrière consacrée à l’architecture tant en exercice individuel que collectif, Jack Sainsily a pris la fonction de directeur du CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) de la Guadeloupe. Il nous livre ici son parcours et sa vision d’architecte-urbaniste sur l’évolution de la construction du « mode d’habiter » aux Antilles.
Comment vous est venue la passion pour l’architecture ?

Jack Sainsily : Enfant déjà, j’appréciais naturellement les beaux bâtiments et en sortant de l’école, je levais les yeux vers les bâtisses qui m’entouraient. Mais les parcours ne sont pas toujours simples et, après le baccalauréat, sur les conseils de mes enseignants, je suis parti faire une prépa Math Sup-Math Spé. J’ai très vite senti que ma voie était ailleurs qu’à l’ENSAM et je suis donc revenu quelques années plus tard à l’architecture. J’ai obtenu à Bordeaux mon diplôme parallèlement à ma formation au DESS Urbanisme opérationnel à l’UFR de géographie tropicale. Après, je suis revenu en Guadeloupe pour exercer mon métier.

 

Que pensez-vous de l’urbanisation en Guadeloupe ?

Jack Sainsily : il y a un réel manque de diagnostic de l’Habitat existant et l’on ne tient pas encore assez compte du « mode d’habiter » local. Je m’explique : en Guadeloupe, toutes les villes ne se sont pas développées de la même manière, ni pour les mêmes raisons et, malheureusement, dans l’élaboration des Plans Locaux d’Urbanisme, on l’ignore. Les programmes de rénovation urbaine ont certes permis de créer des logements mais pas de l’Habitat. Les grands ensembles sans balcon ni ventilation traversante ne sont pas adaptés à nos régions ! L’architecte Jack Berthelot a été parmi les premiers à dénoncer ce travers et dans sa droite ligne, je me suis employé à trouver des solutions pour développer un habitat intermédiaire semi-collectif.

 

Qu’entendez-vous par semi-collectif ?

Jack Sainsily : C’est un habitat à mi-chemin entre l’habitat collectif et l’habitat individuel. Ce sont ces petits immeubles d’un étage ou deux qui permettent à tous d’avoir une entrée individuelle et un bout de jardin. Ils sont plus adaptés au mode de vie local où de nombreuses activités se font en plein air. En Guadeloupe, la ruralité n’est jamais bien loin et il est important pour les familles d’avoir ce petit bout de terre devant leur logement.

 

Comment est selon vous, l’habitat idéal en ville ?

 

Jack Sainsily : C’est un logement en individuel ou en collectif certes, mais c’est surtout une organisation spatiale. Rien ne sert de construire des logements sans développer des commerces de proximité ni des services publics ! Il est important de créer des relations entre les habitants, de mettre en place « du liant social » pour éviter la ghettoïsation.  Je regrette la disparition en Guadeloupe de l’agence d’urbanisme dont le rôle consistait à planifier et à accompagner les décideurs dans l’organisation spatiale.

 

En matière d’habitat individuel, quelles sont les caractéristiques propres à notre île ?

Jack Sainsily : L’implication des architectes dans la construction individuelle reste encore marginale. Cela entraîne un déficit de la qualité architecturale et c’est dommage pour nos paysages. La dimension culturelle dans l’architecture est primordiale pour une région et vouloir transposer les solutions et certains matériaux d’ail­leurs ici est loin d’être la panacée. En retenant des solutions non adaptées à notre environnement, on est contraint de recourir à la climatisation à outrance , à l’éclairage en plein jour et à consommer beaucoup trop d’énergie ! L’exiguïté de notre territoire nous impose des solutions intermédiaires plutôt que la recherche de sa maison individuelle.

 

Cela rejoint le concept d’architecture bioclimatique, n’est-ce pas ?

Jack Sainsily : Tout à fait, l’habitat bioclimatique n’est rien d’autre qu’une construction tenant compte de son environnement climatique, de son environnement socio-culturel et des aléas sismique et cyclonique entre autres. Après le cyclone Hugo, on a oublié tout cela pour construire soi-disant un habitat solide. Mais ces cubes en béton ont vite révélé leurs défauts : absence de ventilation, faibles ouvertures sur l’extérieur. Depuis quelques années, une nouvelle tendance apparaît avec une meilleure prise en compte de l’environ­nement et je m’en félicite.

 

L’éco-construction est donc amenée à se développer ici selon vous ?

Jack Sainsily : Certainement et au CAUE nous avons d’ailleurs mis en place un atelier opérationnel d’éco-construction en partenariat avec des institutions, des bailleurs et des entreprises du bâtiment. Son objectif est de donner un outil au tout public pour développer l’éco-construction. Et dans le même sens, nous prêtons notre concours àADDEO chargée par l’ADEME de la préparation d’un guide de la construction environnementale à destination des professionnels du secteur. Enfin, le CAUE est également membre du pôle de compétitivité Synergile, un pôle axé sur la recherche de matériaux durables et le développement des énergies renouve­lables ainsi que de la maîtrise de l’énergie. Il est plus que temps de sélectionner ou trouver des nouveaux matériaux adaptés au milieu tropical ! 

 

En tant que directeur du CAUE, vous ne construisez plus d’édifices en Guadeloupe, mais vous vous impliquez fortement dans l’émergence d’une nouvelle architecture. Laquelle ?

J’ai toujours milité en quelque sorte pour faire évoluer l’architecture. J’aimerais tant que soit partagées par tous nos réflexions caribéennes sur l’architecture ! Que soient adoptées des normes adaptées à nos milieux tropicaux et non aux climats européens ou Nord Amérique ! C’est pour cela que je m’implique dans les Fédérations Caribéenne et Panamé­ricaine d’associa­tions d’Archi­tectes. Une manière de créer des passerelles entre des régions du monde très proches dans le « mode d’habiter » mais qui se connaissent mal les unes les autres.

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