L’adduction d’eau au fil du temps

L’adduction d’eau au fil du temps

Publié le 15 mai 2008, par Philippe Boré

Jusqu'en 1867, la population cayennaise doit se contenter d'utiliser l'eau de pluie et l'eau des puits pour sa consommation. 3 puits publics alimentaient la ville. Certains habitants utilisaient leurs puits privés, parfois mitoyens à deux maisons. L'eau de ces puits privés était parfois vendue par cabrouets « à raison de 10 centimes la dame-jeanne ». Pour remédier à cette pénurie, le gouverneur Tardy de Montravel commanda des travaux d'adduction d'eau.

En 1862, le gouverneur Tardy de Montravel avait demandé à l’ingénieur des Ponts et Chaussées, Lallouette, d’amener l’eau potable à Cayenne. Le choix se porta sur le Rorota, petit cours d'eau qui prend sa source dans le massif du Mahury, situé à 12 km à l'est de Cayenne. Les travaux (creusement du lac du Rorota, pose des conduites d'eau) furent réalisés par les bagnards. L’eau, stockée dans un réservoir construit sur la colline de Cépérou, était distribuée en ville par 4 fontaines : 

        • La fontaine de Montravel, devant la Préfecture, fut inaugurée le 28 avril 1867. Ce jour-là, en présence du gouverneur Hennique, le Préfet Apostolique Dossat bénit la fontaine. « Désormais, Cayenne pourra s’endormir au frais bourdon­nement des cascades, au joyeux murmure des ruisseaux» peut-on lire dans la « Feuille de la Guyane »

        • La fontaine à l’angle du Boulevard Jubelin et de la rue du Général de Gaulle, première fontaine de la ville, reconvertie en panneau d’affichage sauvage. 

        • La fontaine Dunez à l’angle de la rue 14 juillet et de Gaulle a disparu. Elle hérita du nom d’un célèbre esclave qui s’acharna seul à sauver l’habitation de son maître. 

        • La fontaine Merlet, Place des Palmistes, à l'emplacement de la statue de Félix Eboué. 

Plus d'une vingtaine de bornes-fontaines réparties dans la ville permettaient également à la population de s'approvisionner en eau. Pour répondre à la demande croissante en eau, 2 lacs artificiels supplémentaires ont été creusés sur le Mont Mahury : lac de Rémire et lac Lallouette. Un second réservoir, d’une capacité de 2000m3,  fut édifié en 1893 sur la colline de Montabo, par l’ingénieur Levasseur. Toujours en service, vous pouvez l'admirer à l’occasion d’une randonnée sur le sentier du littoral de Montabo (voir Maisons créoles n°43).

L’architecture est remarquable et l’ouvrage reste bien conservé. A Cayenne, l'eau était distribuée avec parcimonie, surtout en période de sécheresse,  et les fontainiers avaient pour mission d'ouvrir et fermer les vannes quelques heures par jour pour permettre aux particuliers de remplir leurs citernes situées dans la cour des maisons. A la fin des années 1930, les lacs du Rorota sont insuffisants pour alimenter correctement la ville et l'on envisage d'amener l'eau de la rivière des Cascades, distante de 60 km de Cayenne mais la guerre interrompt le projet. En 1949, la création de la régie des Eaux et Electricité va permettre l'exploitation de la Comté.

 

L’eau de Guyane en quelques chiffres

        • La Guyane possède des ressources en eau douce très importantes. Chaque Guyanais dispose de 800 000 m3/an d'eau douce alors que la moyenne mondiale est de 1800 m3/habitant/an (4000 en métropole et 30 en Libye).

        • La consommation d’eau potable, par jour et par personne est de 590 litres aux Etats-Unis, 290 litres en France métropolitaine, 12 litres au Mali et environ 170 litres en Guyane.

        • Les réseaux de distribution de la CCCL (Communauté des Communes du Centre Littoral) comportent 4 usines de traitement (Comté, Rorota, Roura et Cacao) soit 17 réservoirs d’une capacité de stockage totale de 28 000m3. 

        • Près de 90 % des ressources en eau brute de la CCCL proviennent de la rivière La Comté. L’usine de traitement d’eau potable a une capacité de production maximale de 30 000 m3/jour. Mais les eaux de la Comté sont au centre de nombreuses sources de pollution (rejets de pesticides des agriculteurs de Cacao, pisciculture, activités nautiques, rejets des eaux usées de carbets privés …)

        • 34% de la production d'eau disparaît dans les nombreuses fuites. - La situation de l’alimentation en eau potable du centre littoral demeure préoccupante car le volume d’eau stocké dans les réservoirs actuels ne correspond qu’à une demi-journée de consommation des habitants du centre littoral. Sachons donc économiser l’eau et prenons conscience que nous lavons nos voitures et nos terrasses avec de l’eau… potable !

 

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