Santons, bonheur et prospérité

Santons,  bonheur et prospérité

Publié le 24 décembre 2008, par Corinne Daunar

Parce qu’ elle est femme généreuse, passionnée par son métier et que Noël est un merveilleux cadeau, Jacqueline Haustant, potière, extrait de la terre l’une des plus belles histoires contées les soirs de veillée : celle de l’enfant Jésus. Dans une crèche comme nulle part ailleurs, les santons se coiffent de bakoua, et se dotent de coutelas…

Le nouveau-né est couché à l’intérieur des ruines d’une d’habitation, dans une mangeoire, entre une vache et un mulet. Au second plan, Marie, la mère se penche sur le berceau revisité. Sur sa droite, Joseph, le père s’appuie sur son bâton de berger. Puis, portant en offrande le fruit de leurs labeurs, agenouillés ou prosternés, les rois mages, agriculteurs ou pêcheurs se partagent l’espace. Pourtant, quelque chose surprend, de différent, l’œuvre est unique en son genre. Ces petits saints appelés santons, à l’instar des figurines peintes apparues au XVIIIe siècle chez Louis Lagnel, artisan provençal, sont réalisés dans des moules en plâtre et sont aussi faits d’argile. Mais leur particularité réside dans ce qui se dégage de leur créolité. Ici le pêcheur porte son bakoua bien vissé, un roi mage tient dans ses mains une carafe d’antan, un coui ou un fagot de canne coupée. Et sous la houlette de toute cette ritournelle, Jacqueline Haustant, quadragénaire, discrète et surtout, oui surtout… l’une des rares femmes potières. 

 

 

Voyage au centre de la terre

La terre ? Elle l’aime, la choie et la caresse, elle l’enseigne aux enfants. Cette passion qui l’anime depuis toutes ces années s’est muée en un véritable sacerdoce. Rien ne lui résiste. Ni la céramique qu’elle découvre dans la cité des potiers dans le sud de la France, encore moins la technique du « culombien », de la plaque ou du modelage. Parfois la nuit, éveillée par la plainte d’un cabri bois, elle accouche d’un nouveau personnage issu d’un souvenir d’enfance…

 

Soudain, comme sorti d’une image d’Épinal, Noël.  Elle revoit sa mère le buste penché sur une minuscule étable improvisée déposant avec tendresse de gentils petits personnages hauts en couleur cueillis ci et là dans le rayon d’un supermarché. Elle repense à cette mystérieuse naissance remise en scène chaque fin d’année. Elle sourit au souvenir de tous ces trésors de bienfaits, ces rois richement vêtus, venus à dos de chameau, ces villageois… Puis une vie a glissé entre les pierres de cette rivière, Jacqueline a grandi. 

 

À l’âge de raison, elle prend le chemin du secrétariat. Mais rapidement elle sent bien que son destin n’est pas là. Très vite elle explore de nouvelles dimensions, plus authentiques et au plus près de ses aspirations. Lors d’un stage à Didier elle découvre innombrables possibilités qu’offre la poterie et s’envole vers Paris. Elle a tout juste vingt ans. Son certificat d’aptitude professionnelle en céramique sculpture et une formation de dessin dans la poche, elle reprend le train pour le sud de la France à Vallauris. Dans la cité des potiers, elle rencontre ses maitres à penser. Commence alors un véritable compagnonnage avec Pétrus. Puis, de retour au pays, Synamal, Koko Corail, Victor Anicet ou Caeser Conrad deviennent désormais ses mentors. Jacqueline possède de l’or dans les mains. On le dit !

 

Guidée par l’étoile du berger. 

Et puis, par une belle nuit claire comme souvent en fin d’année, lui vient une nouvelle idée. Pourquoi ne pas créer une crèche qui reflèterait le sucre de son enfance. Un univers dans lequel les santons provençaux seraient remplacés par des antillais, le chien des pyrénéens par un autre plus créole, l’or, la myrrhe et l’encens par la nasse du pêcheur, la canne ou le coco. A chacun ses valeurs, ses couleurs.

 

Et puisque la crèche est aussi la représentation de la famille, alors autant qu’elle soit martiniquaise! Dès lors, elle invente de nouveau personnages emprunts de son propre terroir. Elle fabrique des moules en plâtre dont l’empreinte laissera dans chaque foyer, le patrimoine de ces fêtes de fin d’année. Ici, la danseuse de bélè et le tambouyé témoignent de l’oralité. L’artisan,  l’agriculteur et le fruit de leur labeur, les présents que lègue cette terre. Le berger troque son bâton contre le traditionnel coutelas et Marie est coiffée d’un carré de madras. Avec cette alternative à l’arrivée massive des décorations de Noël sans âmes, les créations de Jacqueline Haustant sont autant de message d’amour, une nouvelle manière de dire que finalement  le pays a toujours plus à offrir. 

 

Joyeux Noël à tous.

 

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